En Russie, un système de traçabilité des marchandises (Marquage des Produits) suscite une colère populaire qui rappelle le projet européen de
Passeport Numérique des Produits. Il y a quelques différences.
Qu'est-ce que le marquage russe ? Officiellement, c'est un système national de traçabilité des biens de consommation. Son but déclaré par l'État est de lutter contre la contrefaçon, de garantir la sécurité des produits (notamment alimentaires et médicaux) et de rendre l'économie plus transparente.
Comment ça marche ? Chaque produit (une bouteille d'eau, une boîte de médicaments, un vêtement, ou désormais un morceau de viande) reçoit un QR code unique de type Data Matrix. Ce code est scanné à chaque étape de la chaîne logistique, de l'usine ou de la douane jusqu'à la caisse du supermarché.
Pourquoi parle-t-on de « taxe privée » ? C'est le cœur du scandale et de la colère populaire. Le marquage est rendu
obligatoire par l'État sous peine de lourdes amendes, cependant l'opérateur exclusif et monopolistique de ce système n'est pas une agence gouvernementale, mais une entreprise privée appelée
CRPT (Centre de Développement des Technologies de Pointe).
Le modèle économique : Les entreprises (fabricants, importateurs, commerçants) doivent payer CRPT pour chaque code Data Matrix généré. De plus, elles doivent s'équiper à leurs frais (scanners, logiciels, imprimantes d'étiquettes).
La critique : L'argent généré par cette obligation d'État ne va pas dans les caisses du budget fédéral (comme le ferait un impôt classique), mais dans les poches d'une entreprise privée (le CRPT est historiquement lié aux structures de l'oligarque Alicher Ousmanov). Pour cette raison les Russes et la communauté des affaires qualifient ce système de
« taxe privée » ou d'« impôt occulte ».
L'expansion constante : Initialement prévu pour les médicaments et l'alcool, le système s'étend aujourd'hui à presque tout : l'eau, les vêtements, les pneus, les articles pour la maison, et désormais la viande et les abats (estomacs, intestins).
Mikhaïl Doubine, un des directeurs du CRPT, fait la promotion de l'expansion de son système et attire sur lui la colère publique.
Le coût pour les entreprises : Pour les petits producteurs (comme les bouchers ou les petits fabricants), cette bureaucratie numérique est un fardeau financier et logistique écrasant.
La sensation d'ingérence totale et de flicage : En étendant le marquage aux abats ou à la glace alimentaire, le système donne l'impression de vouloir contrôler et monétiser la moindre parcelle de la vie quotidienne.
L'inflation cachée : Le consommateur final est le grand perdant. Les petites et moyennes entreprises, étranglées par les coûts du CRPT (équipement + coût pour les QR codes), n'ont d'autre choix que de répercuter ces frais sur le prix de vente. Le citoyen a donc l'impression de payer une taxe supplémentaire sur son alimentation de base sans en voir les bénéfices.
Le sentiment d'impuissance face à un monopole d'État : La population sait que le CRPT est une structure puissante, soutenue par l'État, contre laquelle les petits entrepreneurs ne peuvent pas lutter. Le sarcasme et les blagues deviennent alors un exutoire face à une bureaucratie numérique perçue comme absurde, coûteuse et inévitable.
En résumé : Il faut comprendre que le marquage n'est pas vu par la population comme un outil de protection du consommateur, mais comme une
machine à extraire de l'argent au profit d'un monopole privé, avec la bénédiction de l'État. Chaque nouvelle catégorie de produits marqués (comme la viande ou la glace) est perçue comme une nouvelle ponction sur le pouvoir d'achat des Russes.