Garance
Sur la laque ambrée d’une large commode
Ciselée comme le bouc bouclé d’Hérode,
Sur le lac brisé d’un vase au cou brodé,
S’écaille une rose au vernis démodé.
Le parquet ciré, où claque le soulier,
Retient, entre ses lames, un prisonnier :
L’âcre et doux parfum d’abeilles assoupies,
Tel un été d’or, tardant sur l’Éthiopie.
Entre une caresse, une brise frisant
La fraîcheur bénie, le brun calme et luisant
Des cheveux épars sur la soie de cerise
Et la fronce sombre au col de sa chemise.
Les plis de garance ondulent sous le vent,
Comme la robe d’un léopard vivant,
Contre le satin d’une peau blanche et lasse,
Entre lys gallois et rose de Damas.
Les vagues bleutées des rideaux se soulèvent,
Sous le frisson chaud d’un air chargé de sève,
Des rayons de miel de l’orient qui se lève,
Tandis que son cœur, sans bruit, sans heurt, se crève.
Et le soleil, sur elle,
Coule
Son amour immortel.
~ Hilda Lefort
@vers_les_etoiles
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