Le seul homme du royaume qui avait le droit de dire non au roi
Regardez ce visage. Ce n'est pas un déguisement de carnaval, c'est un métier, et l'un des plus étranges qui aient existé. Le bouffon de cour vivait auprès du souverain, mangeait à sa table, le suivait partout, et il jouissait d'un privilège que personne d'autre n'avait dans tout le royaume : celui de lui dire en face ce que les courtisans n'osaient même pas penser. On l'appelait la liberté du fou. Sous le bonnet à grelots et les oreilles d'âne, il pouvait se moquer d'une décision, souligner une bêtise, annoncer une mauvaise nouvelle, là où un ministre y aurait perdu sa place ou sa tête. Et parce qu'il se tenait toujours à la droite du roi, l'oreille du maître à portée de voix, on le craignait autant qu'on riait de lui : un mot glissé au bon moment pouvait ruiner un courtisan, et toute la cour le savait. Dans sa main, il tient une marotte, ce bâton surmonté d'une petite tête sculptée à son image, comme un miroir portatif de sa propre folie. On raconte que Triboulet, bouffon de Louis XII puis de François Ier, condamné à mort pour une insolence de trop, obtint de choisir sa façon de mourir et répondit qu'il choisissait de mourir de vieillesse.
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