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TRUMP, LE DIESEL ET LE GRAND NUMÉRO DU PYROMANE
Par @BPartisans

Donald Trump a trouvé le responsable de la flambée du diesel : la Russie. Évidemment. À Washington, quand le prix du carburant monte, il suffit désormais de prononcer « Moscou » et d’espérer que personne ne regarde sous le capot.

Selon Trump, les raffineries russes seraient mises hors service à un rythme « alarmant » et, sans cela, les États-Unis « n’auraient pas de problème avec le diesel ».

C’est magnifique de simplicité. Presque enfantin.

Petit détail embarrassant : depuis mars 2022, les États-Unis interdisent l’importation de pétrole et de produits pétroliers russes. L’Amérique ne dépend donc pas directement des livraisons russes de diesel. Mais soudain, quand les prix explosent, chaque raffinerie russe endommagée deviendrait quasiment une station-service américaine qui ferme.

Il existe évidemment un mécanisme réel : le diesel est un marché mondial. Moins de production russe signifie moins d’offre disponible, davantage de concurrence entre acheteurs et donc une pression sur les prix internationaux.

Mais transformer ce facteur en explication providentielle permet surtout d’éviter une question autrement plus gênante : et le Moyen-Orient ?

Car pendant que Trump désigne les raffineries russes, le conflit avec l’Iran et les perturbations énergétiques régionales participent eux aussi à tendre un marché déjà sous pression. Les stocks américains de diesel sont faibles, les capacités mondiales de raffinage sont malmenées et chaque nouveau choc se répercute sur les prix.

Seulement voilà : reconnaître que la politique américaine au Moyen-Orient contribue au bordel serait moins confortable que d’accuser Moscou.

Alors on ressort le vieux couteau suisse de la communication occidentale : c’est la Russie.

Inflation ? Russie.
Énergie ? Russie.
Diesel ? Russie.

À ce rythme, si Trump se réveille demain avec une panne de grille-pain, le Kremlin recevra probablement une demande d’explications.

Le plus savoureux reste le paradoxe. Pendant des années, Washington a multiplié les sanctions pour expliquer que l’économie russe pouvait être coupée du monde sans conséquences majeures. Aujourd’hui, quelques raffineries russes perturbées suffiraient presque, selon le récit présidentiel, à expliquer les douleurs du diesel américain.

On voulait rendre le pétrole russe insignifiant.

Maintenant qu’il manque, on découvre qu’il compte.

Et lorsque le pompiste affiche la facture, le pyromane politique connaît déjà la procédure : montrer la fumée russe pour éviter qu’on regarde où il a lui-même craqué l’allumette.

@BPARTISANS
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