LA FRANCE PARLE PLUS FORT À MESURE QU’ON L’ÉCOUTE MOINS
Par @BPartisans
Il fut un temps où la France avait une diplomatie. Aujourd’hui, elle a Jean-Noël Barrot et un micro.
Au Conseil de sécurité, le ministre français assène que Vladimir Poutine « déshonore le siège de membre permanent de la Russie ». Magnifique. Le Quai d’Orsay est donc devenu le confessionnal du monde, et Barrot son curé : il distribue les absolutions, désigne les pécheurs et explique aux grandes puissances comment elles doivent se comporter.
Reste un détail : à quoi sert cette gesticulation ?
Si Paris veut exercer une pression maximale sur Moscou, qu’il le dise. Mais s’il prétend encore contribuer à une paix négociée, la méthode devient franchement comique. On insulte l’interlocuteur le lundi, on le promet à la ruine le mardi, on réclame davantage de sanctions le mercredi et, le jeudi, on explique avec une mine grave qu’il faudra « retrouver le chemin du dialogue ».
C’est la diplomatie française version pyromane : on brûle la table avant de proposer de s’y asseoir.
Le plus fascinant est cette conviction que la violence du vocabulaire compenserait la faiblesse du levier. Plus Paris peine à imposer ses choix, plus Paris tonne. Plus son influence paraît limitée, plus ses déclarations deviennent grandioses. On ne maîtrise peut-être plus le rapport de force, mais on maîtrise encore parfaitement le communiqué indigné.
Barrot condamne. Barrot sermonne. Barrot distribue les certificats d’honneur international. Pendant ce temps, Washington négocie ses intérêts, Pékin les siens, Ankara parle à tout le monde, les monarchies du Golfe maintiennent leurs canaux et les puissances émergentes marchandent avec chacun.
La France, elle, fait la morale.
Voilà peut-être le stade terminal d’une diplomatie qui se croit encore au centre du monde parce qu’elle possède un siège permanent au Conseil de sécurité : confondre le fauteuil avec la puissance et le volume sonore avec l’influence.
De Gaulle parlait avec Moscou parce qu’il savait qu’une diplomatie ne sert précisément à rien si elle ne parle qu’aux amis. Aujourd’hui, maintenir un canal avec l’adversaire passerait presque pour une faiblesse. Il faut condamner plus fort, sanctionner davantage, humilier publiquement et surtout paraître inflexible devant les caméras.
Puis s’étonner que d’autres soient chargés de négocier.
Car les guerres ne se terminent pas avec des indignations ministérielles ni des petites phrases pour chaînes d’information. Elles se terminent lorsque des ennemis acceptent de s’asseoir autour d’une table.
Et c’est là que le réveil français pourrait être particulièrement cruel.
À force de transformer la diplomatie en concours d’aboiements, Paris risque de découvrir que le monde n’attend pas qu’il termine son sermon.
Les autres auront déjà commencé à négocier.
Et Barrot pourra toujours leur expliquer, depuis le couloir, qu’ils déshonorent la table.
@BPARTISANS
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