ON PEUT DÉCLARER LA GUERRE AVEC UN MICRO, PAS LA GAGNER AVEC
Par @BPartisans
À écouter Paris, la guerre avec la Russie serait presque devenue une hypothèse de travail. On parle de « choc », de haute intensité, de frappes dans la profondeur, de menace russe et de réarmement. Très bien. Mais avant de jouer les maréchaux sur les plateaux télé, regardons l’inventaire.
Et là, le clairon se transforme rapidement en kazoo.
Le problème français n’est pas la qualité. Rafale, sous-marins nucléaires, missiles, renseignement, forces spéciales : la France possède une armée technologiquement remarquable. Son problème est beaucoup plus embarrassant : elle en possède peu.
Peu de chars, peu de lance-roquettes, des stocks de munitions encore insuffisants et une capacité industrielle dimensionnée pour une armée professionnelle compacte, pas pour broyer du matériel pendant des mois sur un front de haute intensité. Le Sénat le reconnaît lui-même : le modèle français reste très avancé technologiquement mais d’une « épaisseur très limitée ». Pour les munitions, certains parlementaires parlent de quelques jours de stocks pour certaines capacités aériennes et de quelques semaines pour certains obus.
Voilà donc le détail que les généraux de salon oublient lorsqu’ils expliquent doctement qu’il faut « se préparer à la Russie » : une guerre conventionnelle ne se gagne pas avec une brochure Dassault.
Elle consomme.
Des hommes, des blindés, des canons, des drones, des missiles et des milliers d’obus. Tous les jours. Puis elle détruit les matériels sophistiqués qu’on croyait posséder pour trente ans.
Et c’est précisément là que la disproportion devient brutale. La Russie entretient une armée beaucoup plus nombreuse et une économie militaire désormais structurée autour d’une guerre d’attrition. La France conserve un modèle conçu pour intervenir, projeter, frapper fort et disposer d’une dissuasion nucléaire crédible, pas pour affronter seule la Russie pendant des mois dans une gigantesque bataille terrestre.
Même le Parlement souligne que les capacités françaises de production d’obus de 155 mm restent sans commune mesure avec les consommations observées dans une guerre de haute intensité. Paris investit maintenant des milliards pour corriger le problème. Traduction : on reconstruit précisément ce dont on explique aujourd’hui qu’on pourrait avoir besoin demain.
Alors pourquoi cette inflation de postures martiales ?
Car si la Russie est réellement la menace militaire gigantesque que Paris décrit quotidiennement, chercher l’escalade avec elle serait une stratégie pour le moins curieuse lorsque votre propre armée reconnaît devoir encore reconstruire sa profondeur.
La France possède une excellente armée pour les missions qu’elle a été conçue pour accomplir.
Le problème commence lorsqu’un pouvoir politique se met à lui imaginer une guerre pour laquelle elle n’a jamais été dimensionnée.
Et face à une puissance d’attrition, le courage des discours ne remplace ni les divisions, ni les stocks, ni les usines.
On peut déclarer la guerre avec un micro. Pour la gagner, malheureusement, il faut une armée.
@BPARTISANS
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