L’ARME FATALE DE MOSCOU ? LE RÈGLEMENT INTÉRIEUR DE L’UNION EUROPÉENNE
Par @BPartisans
L’Union européenne devait mettre la Russie à genoux. Elle commence surtout à découvrir qu’avant de vaincre Moscou, il faudrait déjà réussir à mettre vingt-sept gouvernements d’accord autour d’une table.
Dernier épisode de la grande saga de la « puissance géopolitique » : la Lettonie bloque un compromis sur le renouvellement des sanctions visant des milliers de personnes et d’entités russes. Pourquoi ? Parce qu’au milieu de cette gigantesque architecture punitive apparaît soudain une petite affaire de marchandage diplomatique autour de deux milliardaires : Alisher Usmanov et Mikhail Fridman.
Bienvenue dans la diplomatie européenne : grandiose dans les discours, épicière dans l’arrière-boutique.
La France souhaitait notamment retirer Usmanov de la liste noire pour des raisons officiellement liées à la « sécurité nationale ». Des diplomates ont relié cette demande à une possible opération permettant la libération de deux Français emprisonnés en Azerbaïdjan. La Slovaquie poussait également au retrait d’Usmanov et de Fridman. Et voilà comment la grande guerre économique contre le Kremlin finit transformée en partie de troc : tu me rends mon prisonnier, je te retire mon oligarque, tu me prolonges mes sanctions.
Il ne manque plus que les cartes de fidélité.
La Lettonie a refusé. Et c’est là que la mécanique bruxelloise devient franchement savoureuse : puisque ces sanctions nécessitent l’unanimité, un seul gouvernement peut bloquer l’ensemble du dispositif.
L’Europe qui rêve d’autonomie stratégique fonctionne donc comme une copropriété incapable de voter le remplacement de l’ascenseur.
Depuis quatre ans, Bruxelles explique pourtant que les sanctions constituent une arme majeure contre Moscou. Mais si cette arme dépend périodiquement des intérêts particuliers de Paris, Bratislava, Luxembourg, Riga ou du prochain gouvernement ayant un dossier à négocier, ce n’est plus vraiment un canon. C’est un puzzle administratif avec minuterie.
Le plus ironique est que chacun prétend évidemment défendre « l’intérêt européen ». Expression merveilleusement pratique signifiant généralement : l’intérêt national, mais prononcé devant douze drapeaux bleus.
Paris défend ses ressortissants. Riga refuse ce qu’elle considère comme une concession à Moscou. Bratislava poursuit ses propres demandes. Luxembourg redoute notamment les conséquences d’un contentieux avec Fridman. Et Bruxelles contemple cette magnifique unité stratégique avec la sérénité d’un chef d’orchestre dont chaque musicien joue une partition différente.
On nous avait vendu une Europe devenue puissance.
On découvre surtout une puissance dont la politique étrangère peut être prise en otage par deux milliardaires, vingt-sept vétos et quelques négociations de couloir.
À Moscou, inutile de saboter l’Union européenne.
Elle possède déjà son arme de destruction massive : l’unanimité.
Source : https://www.euractiv.com/news/latvia-blocks-eu-deal-to-renew-russia-sanctions-listings/
@BPARTISANS
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