BRUXELLES, LE ROND-POINT DES INTERDITS
Par @BPartisans
Bruxelles vient encore de perfectionner sa grande doctrine diplomatique : fermer toutes les portes, jeter les clés et appeler cela de la fermeté.
Selon Viatcheslav Volodine, Kaja Kallas aurait demandé aux États membres de ne pas reconnaître les résultats des législatives russes. L’UE, elle, conteste officiellement les conditions du scrutin et condamne son organisation dans les territoires ukrainiens occupés. Très bien. Mais derrière la condamnation rituelle reste cette petite question vulgairement stratégique : on fait quoi après ?
Car l’Union européenne ressemble désormais à une voiture folle engagée dans un rond-point dont elle a elle-même condamné toutes les sorties.
Négocier avec Moscou ? Sens interdit. Normaliser un jour les relations ? Sens interdit. Lever certaines sanctions ? Sens interdit. Chercher un compromis ? Trahison. Parler à Poutine ? Capitulation. Admettre que la Russie existera encore demain ? Déviationnisme suspect.
Alors Bruxelles tourne.
Kallas au volant, les institutions européennes sur la banquette arrière et tout le monde criant « unité ! » à chaque nouveau tour de manège.
Le plus extraordinaire est qu’on appelle cela une stratégie. Une stratégie possède normalement un objectif, des moyens et une porte de sortie. Bruxelles semble avoir remplacé tout cela par un vocabulaire : condamner, sanctionner, dénoncer, isoler. Puis recommencer lundi matin après le café.
La Russie doit être isolée. Poutine doit être marginalisé. Ses élections contestées. Ses dirigeants sanctionnés. Ceux qui veulent négocier regardés de travers. Formidable. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à la disparition de la Russie ? Prévoir quelques siècles. Jusqu’au remplacement du Kremlin par un gouvernement certifié conforme aux normes européennes ? Autant attendre l’ouverture d’un Starbucks sur Mars.
À force, Poutine n’est même plus seulement un adversaire : il devient l’organisateur involontaire de la politique étrangère européenne. Il suffit qu’il existe pour que Bruxelles sache quoi faire : le contraire.
Pendant ce temps, les Européens divergent sur les sanctions, l’énergie, la défense, Washington, Kiev et les rapports futurs avec Moscou. Plus les intérêts nationaux s’éloignent, plus Bruxelles récite « unité européenne » comme une formule magique destinée à empêcher les fissures d’apparaître sur les murs.
Et c’est là que le spectacle devient délicieux : l’UE accuse Moscou de vouloir la diviser tout en traitant progressivement le désaccord interne comme une anomalie à corriger.
À force de vouloir enfermer la Russie, Bruxelles s’est enfermée elle-même.
Elle tourne désormais dans son rond-point diplomatique, persuadée d’avancer parce que le compteur kilométrique augmente.
La Russie n’a même plus besoin de provoquer la désintégration européenne : Bruxelles fournit le marteau, les clous et frappe elle-même sur la caisse.
@BPARTISANS
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