CONSEIL DE GUERRE À L’ÉLYSÉE : FAITES PEUR, BERCY FERA LE RESTE
Par @BPartisans
Macron connaît la méthode. Elle a déjà servi pendant le Covid : lorsqu’une politique devient difficile à discuter, commencer par expliquer qu’il n’est justement plus temps de discuter.
À l’époque, le Conseil de défense sanitaire était devenu le cœur de la décision. Réunions restreintes, délibérations protégées par le secret-défense, décisions annoncées ensuite au pays : l’exception sanitaire avait installé une verticalité que le Sénat lui-même avait critiquée pour sa tendance à marginaliser le fonctionnement institutionnel ordinaire.
Aujourd’hui, changement de virus, même logiciel. La peur n’est plus sanitaire, elle est géopolitique.
Ce 18 septembre, l’Élysée réunit donc les chefs de partis pour contempler ensemble la « dégradation rapide de la situation internationale ». Militaires et renseignements viennent dresser le bulletin météo : Ukraine, Russie, Iran, cyberattaques, drones, missiles, menaces hybrides. À force d’empiler les périls, il ne manque plus que l’astéroïde.
Et c’est précisément là que la mécanique devient intéressante. Nul besoin d’inventer les menaces : il suffit de sélectionner les plus inquiétantes, de les additionner, de les débarrasser de leurs nuances et de les présenter dans un même tableau crépusculaire. La peur fera le montage toute seule.
Surtout, elle préparera merveilleusement les esprits à l’épisode suivant : la facture.
Car une fois le citoyen correctement installé dans l’idée que les cosaques pourraient déjeuner demain place de la Concorde, discuter quelques dizaines de milliards supplémentaires pour la défense devient presque indécent. L’hôpital ? Trop cher. Les retraites ? Insoutenables. Les collectivités ? Il faut économiser. Les services publics ? Attention à la dette !
Mais les armements ? Là, miracle : Bercy retrouve son chéquier.
C’est toute la magie politique de l’urgence permanente. Elle transforme les choix en fatalités et les arbitrages en devoirs historiques. On ne décide plus d’augmenter certaines dépenses tout en comprimant les autres : on « répond à la menace ». On ne demande plus aux citoyens d’accepter des sacrifices : on leur explique que l’Histoire vient directement les prélever sur leur compte bancaire.
Le Covid avait fourni le prototype : urgence, experts, décisions verticales et débat réduit au nom des circonstances exceptionnelles. La géopolitique offre désormais une version perfectionnée du produit : une urgence sans date de péremption.
Hier, « nous sommes en guerre » contre un virus. Aujourd’hui, il faudrait préparer la guerre pour préserver la paix. Et demain, lorsque viendra l’addition sociale, on expliquera probablement que personne n’avait vraiment le choix.
C’est formidable, l’état d’urgence permanent : la démocratie reste ouverte, mais uniquement aux heures où il n’y a plus rien d’important à décider.
@BPARTISANS
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