LE CROTALE, LE DAN-T ET LA GRANDE PANNE INDUSTRIELLE EUROPÉENNE
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@BPartisans Macron voulait sauver le ciel ukrainien. Paris a donc ouvert l’armoire militaire, repoussé quelques souvenirs de la guerre froide et ressorti le Crotale. Le « serpent à sonnette » français est parti vers Kiev accompagné de l’arme que l’Élysée produit, elle, en quantité industrielle : le communiqué triomphal.
Car voilà désormais le problème occidental : nous fabriquons beaucoup plus rapidement des discours que des missiles.
Le Dan-T n’est pas l’arme invincible vendue par la propagande russe. Plusieurs auraient été interceptés. Mais s’arrêter à cela revient précisément à ne rien comprendre à la guerre d’attrition. La question n’est pas : peut-on abattre un Dan-T ? La question est : combien Moscou peut-il en produire pendant que l’Europe fabrique l’intercepteur chargé de détruire le suivant ?
Et là, la belle supériorité technologique occidentale rencontre la brutalité de la chaîne de montage.
La Russie cherche du simple, du suffisamment efficace, du reproductible et surtout du nombreux. L’Europe adore le sophistiqué, le coûteux, le long à fabriquer et disponible en quantité de joaillerie. Moscou raisonne en cadence d’usine, en volume et en saturation. Paris répond avec quelques batteries, des stocks comptés et une conférence de presse.
C’est Ferrari contre usine de tracteurs. La Ferrari est formidable. Jusqu’au moment où il faut en construire mille.
Car une défense aérienne ne mange pas des déclarations présidentielles. Elle mange des missiles. Tous les jours. Et lorsqu’un engin relativement bon marché oblige à mobiliser un intercepteur infiniment plus complexe, l’attaquant ne cherche même plus nécessairement à passer : il peut aussi chercher à épuiser celui qui l’arrête.
Voilà le piège industriel.
Chaque drone détruit peut devenir simultanément une réussite tactique et une mauvaise affaire stratégique si Moscou remplace sa munition plus vite que Kiev et ses fournisseurs ne remplacent l’intercepteur.
Pendant ce temps, l’Europe organise des sommets. Elle annonce des plans. Elle vote des milliards. Elle promet des usines pour demain, des capacités pour après-demain et des livraisons « accélérées ». La Russie, elle, produit aujourd’hui.
Macron peut donc continuer à poser en chef de guerre. Mais derrière la gesticulation apparaît une réalité beaucoup moins photogénique : on ne gagne pas une guerre industrielle avec des stocks de temps de paix et une industrie fonctionnant au rythme des procédures administratives.
Le Crotale peut avoir des crocs. Le Patriot peut être redoutable. La technologie occidentale peut être supérieure. Cela ne change rien à cette équation obscène de simplicité : une arme absente de l’entrepôt possède exactement la même efficacité qu’une fronde.
L’Europe pensait que la sophistication remplacerait la masse. Elle découvre que dans une guerre d’usines, la meilleure arme du monde ne vaut rien lorsque le magasin est vide.
Et c’est là que s’arrête le théâtre macronien.
Le dernier Crotale tiré, le dernier Patriot consommé, le dernier communiqué publié, Macron pourra toujours annoncer que la détermination européenne reste « intacte ». Moscou, elle, n’aura qu’à attendre la sortie du drone suivant de la chaîne de montage.
Une guerre industrielle ne se gagne pas avec celui qui prononce le plus beau discours après avoir vidé ses arsenaux. Elle se gagne avec celui dont les usines tournent encore lorsque les autres n’ont plus que des discours à tirer.
@BPARTISANS