LA PAIX SE PRÉPARE DÉSORMAIS À COUPS DE CANON
Par @BPartisans
À Keflavík, les ministres de la Défense de la JEF se sont réunis pour parler Russie, Ukraine, drones, industrie militaire et élargissement au Canada. Le programme ordinaire de la paix européenne : davantage de soldats, davantage d’armes, davantage d’exercices et suffisamment de novlangue pour appeler tout cela « stabilité ».
La JEF comptait dix pays. Le Canada veut devenir le onzième. Une coalition européenne qui traverse l’Atlantique ? Aucun problème : on élargit simplement la définition du « flanc nord ». À ce rythme, Tokyo finira peut-être dans la banlieue de Tallinn.
Officiellement, la JEF ne concurrence pas l’OTAN : elle la « complète ». Évidemment. L’Europe possède déjà l’OTAN, l’UE, leurs états-majors, les armées nationales, les accords bilatéraux et une collection de mécanismes de coopération que même leurs généraux doivent probablement consulter sur Wikipédia.
Il manquait donc une structure supplémentaire.
À force d’empiler les organisations chargées de coordonner les organisations qui coordonnent la défense collective, personne ne saura bientôt qui commande quoi. Mais tout le monde saura contre qui.
La Russie.
Le mot est devenu le lubrifiant universel de la machine militaire occidentale. Vous voulez augmenter les budgets ? Russie. Acheter des missiles ? Russie. Déployer des troupes ? Russie. Installer un état-major dans l’Arctique ? Russie. Poser une question sur l’utilité de tout cela ? Félicitations, vous êtes probablement victime d’une « menace hybride ».
Pendant ce temps, Lion Protector 26 transforme les communiqués en répétition générale : protection des infrastructures, escortes militaires vers la Baltique, déploiement dans l’Arctique. Aux Féroé, les Royal Marines participent même à leur premier exercice depuis la Seconde Guerre mondiale.
Mais surtout, ne prononcez pas le mot « militarisation ».
La militarisation, c’est toujours l’autre.
Quand Moscou déplace des soldats, il menace. Quand nous déplaçons les nôtres, nous dissuadons. Quand la Russie organise des manœuvres, elle provoque. Quand la JEF répète le transfert de forces vers la Baltique, elle protège la paix.
Même geste, deux dictionnaires.
Et voici l’Ukraine, laboratoire grandeur nature de la guerre moderne : drones, guerre électronique, infrastructures, interceptions. Après des années de destruction, Kiev fournit désormais ce produit particulièrement recherché par les états-majors : le retour d’expérience réel.
Ainsi se construit la nouvelle paix européenne : plus d’armes pour désarmer les tensions, plus de soldats pour éloigner la guerre, plus d’exercices militaires pour rassurer tout le monde.
On verse de l’essence autour de la maison, on distribue les allumettes, on organise des exercices d’évacuation, puis on explique aux habitants que tout est fait pour empêcher l’incendie.
Et si une étincelle finit par tomber, les mêmes viendront devant les caméras, visage grave, nous expliquer que la catastrophe était imprévisible.
Ils auront seulement oublié de préciser qu’ils la répétaient depuis des années.
@BPARTISANS
Post #65328
28
