HEXAForce : QUAND LA GUERRE DEVIENT UN ALGORITHME
Par @BPartisans
Bienvenue dans la guerre industrielle 4.0. Plus rapide, plus connectée, plus « intelligente ». Et peut-être beaucoup plus terrifiante.
Thales présente HexaForce, un système de commandement dopé à l’intelligence artificielle capable de coordonner plus de 100 000 combattants et d’absorber des masses de données venues de la terre, de la mer, de l’air, du cyber, de l’espace et du renseignement. Son grand exploit ? Accélérer la décision. Lors des essais, le nombre d’objectifs de ciblage traités serait passé de 100 à 1 000 par jour.
Magnifique progrès : même la guerre possède désormais ses objectifs de productivité.
Hier, un état-major cherchait une cible, vérifiait les renseignements, évaluait les risques et décidait. Demain, la machine pourra trier des milliers de données, établir des priorités et proposer des options en quelques secondes. L’homme restera officiellement « dans la boucle ». Formidable formule destinée à rassurer tout le monde.
Reste à savoir combien de temps il y restera réellement.
Car lorsque l’algorithme travaille mille fois plus vite que l’être humain, le décideur risque progressivement de ne plus décider : il valide. Une recommandation apparaît, une probabilité s’affiche, une cible remonte dans la liste. Clic. Validation. Transmission. Frappe.
Et cible suivante.
Voilà peut-être la véritable révolution de l’IA militaire : non pas supprimer l’homme, mais supprimer progressivement le temps dont il dispose pour douter.
L’école de Minab, en Iran, devrait pourtant refroidir les enthousiasmes technologiques. Une mission d’enquête de l’ONU a estimé avoir des motifs raisonnables d’attribuer aux États-Unis la frappe ayant tué plus de 150 civils, dont 120 enfants ; des informations antérieures avaient évoqué des données de ciblage obsolètes.
C’est toute la beauté macabre de la guerre numérique : une donnée fausse n’est pas fausse très longtemps. Elle devient une coordonnée. Puis une cible. Puis un ordre. Puis un cratère.
L’algorithme, lui, ne fait pas de cauchemars.
Il ne connaît ni enfant, ni école, ni enterrement. Il connaît des signatures, des probabilités, des niveaux de confiance et des objectifs. Il ne hait personne. Et c’est précisément ce qui devrait inquiéter.
Pendant des siècles, la guerre avait besoin d’hommes capables de tuer d’autres hommes. Nous construisons désormais des systèmes capables d’industrialiser la décision qui précède leur mort.
Cent cibles hier. Mille aujourd’hui. Dix mille demain ?
La guerre devient plus rapide que la conscience humaine. Et lorsque quelques secondes sépareront une suspicion algorithmique d’un missile, la question ne sera plus de savoir si l’intelligence artificielle peut faire la guerre.
Mais si l’homme aura encore le temps de l’arrêter.
Le cauchemar n’est pas que les machines deviennent un jour humaines. C’est que, pour suivre leur cadence, la guerre oblige les humains à devenir des machines.
@BPARTISANS
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