FRAPPER DISCRÈTEMENT, TREMBLER PUBLIQUEMENT
Par @BPartisans
Emmanuel Macron vient apparemment de découvrir une propriété fascinante de la guerre : il y a quelqu’un en face.
Depuis quelques jours, l’Élysée agite frénétiquement la « menace hybride russe ». Drones, cyberattaques, sabotages, ingérences : la Russie serait derrière chaque buisson, probablement cachée sous le tapis de Matignon et bientôt soupçonnée de dérégler les machines à café du ministère des Armées.
Alors Macron convoque, alerte, prévient. Il faut protéger les infrastructures, préparer les Français, mobiliser les services. Bref, Moscou menace la France.
Puis Le Monde entrouvre la porte des coulisses. Et le spectacle devient nettement plus drôle.
Safran confirme qu’un système de guidage français équipe le missile ukrainien Flamingo, donné pour 3 000 kilomètres de portée, une exportation nécessitant l’autorisation des autorités françaises. Le journal rappelle également que les frappes ukrainiennes en profondeur s’appuient, selon de nombreux experts, sur du renseignement occidental.
Mais le meilleur arrive ensuite.
À la question de savoir si la France pourrait déjà répondre militairement, dans le domaine conventionnel, à des opérations hybrides russes, éventuellement sans le rendre public, une source militaire française répond : « C’est déjà le cas. »
Pardon ?
Voilà donc Paris qui pourrait participer discrètement à des actions contre la Russie avant de monter sur l’estrade pour expliquer aux Français, le visage grave, que la Russie pourrait avoir l’idée saugrenue de répondre.
Quelle insolence !
C’est toute la doctrine stratégique européenne résumée en une phrase : nous avançons, vous reculez. Nous frappons, vous encaissez. Nous escaladons, vous restez raisonnables.
Nos missiles sont du « soutien ». Nos renseignements sont de « l’assistance ». Nos opérations sont de la « riposte ». Mais si Moscou utilise les mêmes méthodes, sortez immédiatement le dictionnaire : sabotage, agression, déstabilisation, guerre hybride.
À ce niveau-là, ce n’est plus de la géopolitique, c’est une partie de poker où Macron voudrait voir les cartes de l’adversaire tout en gardant les siennes sous la table.
Ironie supplémentaire : Le Monde rappelle que plusieurs incidents récents évoqués en France restent sans responsables identifiés et que Paris n’a officiellement attribué à Moscou aucun de ces nouveaux événements.
Qu’importe. Dans la République du soupçon, la preuve arrive après le communiqué.
Quant à l’article 5 de l’OTAN, ce n’est pas le bouton rouge que certains semblent imaginer : une attaque hybride peut relever de la défense collective si son ampleur est assimilable à une attaque armée, selon une appréciation au cas par cas.
Macron n’a donc peut-être pas soudainement découvert une Russie plus dangereuse.
Il découvre simplement la réciprocité.
Car si Paris participe réellement à des opérations conventionnelles contre Moscou, même discrètement, craindre une riposte n’a rien d’irrationnel. Ce qui serait irrationnel serait d’imaginer qu’on puisse éternellement escalader sans conséquence.
Macron voulait jouer au dur sans jouer à la guerre. Le problème, c’est qu’en géopolitique, on ne choisit pas tout seul les règles de la partie. Et après avoir avancé les pions, il semble maintenant terrifié à l’idée que Moscou puisse simplement jouer son tour.
Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/09/19/pourquoi-emmanuel-macron-insiste-sur-les-risques-d-intensification-de-la-guerre-hybride-russe-en-france_6777145_3210.html
@BPARTISANS
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