OTAN : HEUREUSEMENT QU’ILS SONT ALLIÉS
Par @BPartisans
Il fallait probablement l’OTAN pour réussir ce prodige stratégique : réunir deux pays dans la même alliance militaire afin qu’ils puissent se préparer plus confortablement à se méfier l’un de l’autre.
La Turquie a installé sa 51e brigade de commandos à Söke, sur la côte égéenne, face à Samos. Ankara parle naturellement de « réorganisation opérationnelle ». Formule délicieuse. Dans le langage militaire, personne ne rapproche jamais des soldats d’une zone sensible pour envoyer un message : on « adapte le dispositif ». On ne montre pas ses muscles, on optimise. On ne pose pas un bidon d’essence près du barbecue, on réorganise le garage.
Athènes appréciera la nuance.
Car Grecs et Turcs ont déjà tout ce qu’il faut pour passer d’excellentes soirées : contentieux sur les eaux territoriales, espace aérien, îles, zones économiques et ressources énergétiques. La Grèce renforce donc ses défenses parce qu’elle se méfie de la Turquie, laquelle renforce son dispositif parce que la Grèce renforce ses défenses. Athènes peut ensuite renforcer son renforcement en réponse au renforcement turc provoqué par le renforcement grec.
À ce niveau, ce n’est plus de la stratégie. C’est du ping-pong avec des missiles.
Et au milieu trône l’OTAN, cette merveilleuse alliance chargée de protéger ses membres contre leurs ennemis et, certains jours, contre leurs propres alliés. Officiellement, tout le monde est uni. Dans la pratique, chacun surveille les avions, les navires et les soldats de l’autre avec l’attention affectueuse d’un héritier observant son frère modifier le testament de grand-mère.
Si la tension monte, Washington appellera évidemment à la retenue et Bruxelles au dialogue. Puis viendront les réunions sur la désescalade, suivies des groupes de travail sur la déconfliction, eux-mêmes précédant probablement un sommet destiné à préparer la prochaine réunion. La diplomatie occidentale possède ce talent admirable : transformer une poudrière en PowerPoint.
Le plus dangereux serait pourtant de croire qu’une guerre exige nécessairement un grand projet machiavélique. Il suffit parfois d’un avion intercepté trop brutalement, d’un drone mal identifié, d’un navire trop entreprenant ou d’un officier persuadé qu’une minute d’hésitation serait une humiliation nationale. Ajoutez deux gouvernements prisonniers de leur propre rhétorique et vous obtenez cette spécialité humaine : la catastrophe que personne ne voulait, mais que tout le monde a consciencieusement préparée.
C’est d’ailleurs devenu une étrange conception de la désescalade : davantage de soldats pour rassurer, davantage d’armes pour pacifier et davantage de démonstrations de force pour éviter les malentendus. On verse l’essence pour empêcher l’incendie, puis on s’étonne que le pompier demande où sont les allumettes.
L’OTAN devait garantir la sécurité collective.
En mer Égée, elle pourrait déjà commencer par une ambition plus modeste : empêcher deux de ses membres de tester entre eux le matériel acheté pour combattre leurs ennemis.
Heureusement qu’ils sont alliés.
Imaginez un peu s’ils ne pouvaient pas se supporter.
@BPARTISANS
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