L’EUROPE A-T-ELLE ENCORE UNE STRATÉGIE ?
Par @BPartisans
À force de jouer avec les allumettes en expliquant qu’on maîtrise parfaitement l’incendie, l’Europe pourrait finir par obtenir exactement ce qu’elle prétend vouloir éviter : une confrontation devenue incontrôlable.
La mécanique est désormais bien rodée. Sanctions, livraisons d’armes, milliards supplémentaires, renforcement militaire à l’Est, menaces économiques, déclarations martiales : à chaque étape, on monte d’un cran. Puis on prend un air grave pour expliquer que l’escalade vient toujours du camp d’en face.
Le plus fascinant reste le raisonnement implicite : l’Europe veut pouvoir nuire à la Russie, mais la Russie devrait avoir l’élégance de rester passive.
Nous sanctionnons ? Moscou doit encaisser. Nous armons son adversaire ? Moscou doit relativiser. Nous renforçons le flanc oriental de l’OTAN ? Moscou doit comprendre que tout cela est parfaitement défensif. La Russie répond ? Scandale : nouvelle preuve de son agressivité.
À ce niveau, ce n’est plus de la géopolitique, c’est un jeu dont Bruxelles semble avoir rédigé les règles : nous pouvons frapper, l’autre doit tendre la joue.
On peut considérer le soutien à l’Ukraine comme légitime après l’invasion russe. Mais même une politique légitime exige une stratégie. Où est l’objectif final ? Où est la limite ? Quel est le scénario de sortie ? À partir de quel moment le risque devient-il supérieur au bénéfice attendu ?
C’est précisément là que la critique doit déboucher sur quelque chose de concret : les dirigeants européens devraient définir clairement ce qu’ils cherchent à obtenir, ce qu’ils refusent de risquer pour l’obtenir et par quel mécanisme ils comptent sortir de l’escalade. Fixer des objectifs politiques vérifiables, maintenir des canaux diplomatiques permanents avec Moscou, préciser les limites de l’engagement militaire européen et préparer simultanément les conditions d’une négociation ne signifie pas capituler. Cela signifie simplement faire de la stratégie.
Car une politique étrangère sans objectif de sortie n’est pas une stratégie : c’est une fuite en avant.
Or l’Europe donne trop souvent l’impression de fonctionner à l’indignation automatique : attaque, sanction, riposte, indignation, nouvelle sanction. Et lorsque les conséquences arrivent, elles deviennent miraculeusement la justification d’une dose supplémentaire du même traitement.
C’est le génie du système : même ses échecs lui donnent raison.
Un stratège anticipe la réaction de l’adversaire. L’amateur frappe, bombe le torse et découvre avec stupeur qu’en face aussi quelqu’un possède des pièces sur l’échiquier.
Le danger n’est donc même pas qu’une poignée de dirigeants européens veuillent consciemment une guerre avec la Russie. Ce serait presque rassurant : au moins y aurait-il un plan. Le plus inquiétant serait qu’ils avancent simplement de riposte en riposte, persuadés qu’ils pourront toujours s’arrêter juste avant le précipice.
Ils appellent cela la « fermeté ».
« Navigation à vue entre puissances nucléaires » serait probablement moins présentable lors des conférences de presse.
L’objectif devrait pourtant tenir en une phrase : défendre les intérêts et la sécurité de l’Europe tout en empêchant l’élargissement de la guerre et en travaillant à une issue politique. Tout le reste devrait être jugé à cette aune.
Les stratèges cherchent la porte de sortie avant d’entrer dans la pièce. Les imbéciles, eux, craquent les allumettes les unes après les autres en répétant qu’il n’y aura pas d’incendie. Puis, quand la maison brûle, ils convoquent un sommet pour chercher le pyromane.
@BPARTISANS
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