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SERGUEÏ JIRNOV : L’ESPION QUI VENAIT DU PLATEAU TÉLÉ
Par @BPartisans

Sur les plateaux français, Sergueï Jirnov n’est plus un ancien du KGB : c’est presque le KGB à lui tout seul. Espion, clandestin, spécialiste de Poutine, témoin des arcanes du Kremlin… À l’écouter suffisamment longtemps, on finirait par croire que Brejnev lui demandait conseil entre deux réunions du Politburo.

La réalité est moins hollywoodienne.

Oui, Jirnov a fréquenté le MGIMO, puis l’Institut Andropov, l’école du renseignement extérieur soviétique. Oui, il a appartenu au KGB. Mais entre avoir été formé par le KGB et avoir été un grand espion opérationnel, il existe à peu près la même différence qu’entre sortir de Saint-Cyr et avoir commandé le débarquement de Normandie.

Son chef-d’œuvre supposé ? L’ENA. En 1991, Jirnov débarque à Paris sous son vrai nom, avec son passeport soviétique, pour suivre le cycle international de l’école, comme boursier du gouvernement français. Voilà donc notre « illégal » : un clandestin suffisamment clandestin pour être inscrit administrativement dans l’une des écoles les plus officielles de la République.

Même son propre récit refroidit sérieusement la légende. Jirnov explique qu’à partir de 1988 il ne travaille plus que ponctuellement sur les dossiers secrets de sa section et qu’à l’été 1991 il a pratiquement rompu ses contacts opérationnels. En décembre 1992, il quitte définitivement le service avec le grade de commandant. Pas de réseau tentaculaire connu, pas d’antenne dirigée, pas de carrière de maître-espion : le rideau tombe pratiquement au moment où le personnage commence aujourd’hui à devenir passionnant.

Reste Poutine, évidemment. Car tout bon récit a besoin d’un méchant.

Jirnov raconte l’avoir rencontré dès 1980, lorsqu’il était étudiant et que Poutine, alors capitaine du KGB, l’aurait interrogé après une conversation avec un Français. Quarante ans plus tard, cette anecdote est devenue la matrice d’une extraordinaire rivalité. À entendre certaines présentations télévisées, on imagine presque deux jeunes loups s’affrontant dans les couloirs secrets de la Loubianka.

Problème : l’essentiel de cette saga nous vient de Jirnov lui-même.

Et c’est finalement là que son talent apparaît incontestable. Peut-être pas celui qu’on nous vend, mais un autre : le storytelling.

Le KGB apprenait à ses hommes à fabriquer des « légendes », ces identités destinées à donner de la crédibilité aux agents.

Jirnov aura finalement réussi sa plus belle opération trente ans après avoir quitté le service : transformer une carrière courte et interrompue en épopée d’espionnage, puis vendre la légende aux chaînes d’information.

James Bond avait le MI6. Jirnov, lui, a trouvé mieux : les plateaux télé.

@BPARTISANS
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