DETTE, CANONS ET DÉNI : LA FRANCE SOUS PERFUSION
Par @BPartisans
La France ressemble désormais à un toxicomane qui jure chaque matin qu’il va décrocher avant de chercher, l’après-midi, qui pourrait lui avancer sa prochaine dose.
Dette publique gigantesque, croissance anémique, chômage qui remonte, déficits chroniques : le pays devrait théoriquement compter ses euros. Mais nos dirigeants ont découvert une discipline budgétaire beaucoup plus confortable : économiser sur presque tout, sauf sur ce qui permet de jouer à la grande puissance.
Bienvenue dans la France de 2026 : on cherche quelques milliards sous les coussins de l’État pendant que la Défense bénéficie d’une augmentation de 6,7 milliards en un an, à 57,1 milliards hors pensions. Et comme manifestement la dose ne suffisait plus, l’actualisation de la programmation militaire ajoute encore 36 milliards d’euros d’ici 2030. Le gouvernement parle de « réarmement », de « haute intensité », de « souveraineté ». Le vocabulaire est martial ; l’addition, elle, reste civile.
Car la France souffre désormais d’une curieuse maladie comptable : un milliard consacré aux dépenses ordinaires est une dépense insoutenable ; un milliard consacré aux munitions devient soudain un « investissement stratégique ».
Pour les services publics, on réclame des économies. Pour les collectivités, de la rigueur. Pour les contribuables, des efforts. Pour les retraites et les prestations, de la responsabilité. Mais dès qu’apparaissent un drone, un missile ou une hypothétique « guerre de haute intensité », la calculatrice semble passer automatiquement en mode avion.
Le plus fascinant reste la mécanique. La dette augmente ? Il faut réduire les dépenses. La croissance ralentit ? Il faut restaurer les comptes. Les Français perdent du pouvoir d’achat ? Soyons responsables. Puis arrive la géopolitique, et les mêmes responsables retrouvent miraculeusement leur carte bancaire.
La France est donc doublement dépendante : droguée à l’endettement pour maintenir son modèle et intoxiquée au réarmement pour maintenir son rang. Elle emprunte pour continuer à vivre au-dessus de ses moyens tout en rêvant de combattre au-dessus de ses moyens.
Attention : défendre un pays coûte de l’argent et une armée crédible ne se finance évidemment pas avec des bons sentiments. Mais la question devient légitime lorsque chaque arbitrage intérieur est présenté comme douloureusement nécessaire tandis que l’escalade militaire bénéficie d’un vocabulaire où l’argent semble avoir cessé d’exister.
Le toxicomane ordinaire vend les meubles pour acheter sa dose.
La France, plus sophistiquée, taxe les meubles, emprunte sur leur valeur, explique à leurs propriétaires qu’ils doivent se serrer la ceinture, puis commande davantage de munitions.
Et lorsque viendra l’addition, nos stratèges découvriront peut-être cette vieille règle de la guerre qu’aucune revue stratégique n’abolira jamais : avant de prétendre défendre une puissance, encore faut-il éviter de ruiner le pays qui doit la financer.
@BPARTISANS
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