SANCTIONS À MOSCOU, ADDITION À LA POMPE
Par @BPartisans
Il fallait oser. En pleine crise énergétique, Washington vient de trouver une méthode révolutionnaire pour faire baisser le prix du pétrole : menacer ceux qui en achètent.
Alors que le brut dépasse les 100 dollars, que les routes énergétiques du Moyen-Orient sont perturbées et que les carburants américains flambent, les États-Unis durcissent leurs sanctions contre le pétrole russe et menacent désormais de droits de douane pouvant atteindre 100 % les grands pays qui continuent d’en acheter. Chine, Inde et autres clients de Moscou sont priés de choisir entre le commerce avec l’Amérique et les hydrocarbures russes. La diplomatie américaine a décidément abandonné la carotte : il ne reste plus que le bâton, et Washington semble déterminé à se frapper lui-même avec.
Car un détail contrariant subsiste : sanctionner un baril ne le fait pas disparaître. Il change de client, de tanker, d’assureur, de devise, parfois de pavillon, puis poursuit sa route. L’Inde entend protéger sa sécurité énergétique, la Chine n’a aucune raison de sacrifier ses approvisionnements pour satisfaire Washington et le Sud global n’attend manifestement plus l’autorisation du Département d’État pour remplir ses raffineries.
Voilà donc les États-Unis engagés dans une expérience économique fascinante : tenter de retirer davantage de pétrole d’un marché déjà tendu tout en espérant que son prix baisse. C’est comme fermer plusieurs boulangeries pour combattre la hausse du prix du pain.
Le problème devient franchement comique lorsque l’on regarde les stations-service américaines. Les prix à la pompe ont fortement augmenté, le diesel a franchi des niveaux douloureux dans plusieurs régions et chaque hausse supplémentaire transforme la grande croisade géopolitique en petite addition électorale pour l’automobiliste américain. Washington veut donc simultanément moins de pétrole russe sur le marché mondial, davantage de pétrole disponible, des carburants moins chers aux États-Unis et que Pékin et New Delhi obéissent sans broncher. Il ne manque plus qu’un décret présidentiel interdisant la loi de l’offre et de la demande.
Et pendant que Washington empile les contradictions, Moscou regarde tranquillement monter le thermomètre.
Le Kremlin sait parfaitement ce que vaut désormais chaque baril disponible. Sa réponse aux appels à stabiliser le marché tient donc du sourire de banquier devant un client découvert : vous voulez davantage de pétrole russe ? Très bien. Le prix politique, c’est la levée des sanctions frappant le secteur pétrolier et les tankers russes.
Voilà tout le paradoxe. Pendant des années, l’objectif occidental était de réduire le pouvoir de négociation énergétique de Moscou. La crise actuelle menace exactement de produire l’inverse : plus le marché se contracte, plus chaque baril russe devient difficile à remplacer, et plus les sanctions censées affaiblir le vendeur peuvent renchérir la marchandise qu’elles cherchent à étrangler.
Washington voulait sanctionner Moscou, intimider ses clients, contrôler les flux et conserver de l’essence bon marché chez lui.
La géopolitique avait simplement oublié d’inviter la physique.
Et Moscou n’a même plus besoin de menacer. Il lui suffit de regarder les chiffres défiler sur les pompes américaines et d’attendre que Washington découvre cette vérité embarrassante :
On peut sanctionner la Russie.
On ne sanctionne pas un marché mondial sans recevoir soi-même une partie de la facture.
@BPARTISANS
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