BRUXELLES : BIENVENUE AU CAMP DE RÉÉDUCATION EUROPÉEN
Par @BPartisans
« Ils méprisent nos valeurs. » Ursula von der Leyen appelle à « lutter » contre les antieuropéens. Admirable conception du pluralisme : autrefois, on répondait à ses adversaires ; désormais, on commence par expliquer qu’ils souffrent manifestement d’une dangereuse déviation idéologique.
Même Staline aurait reconnu le vieux truc : transformez votre doctrine en « valeurs », puis transformez ceux qui la contestent en ennemis de ces valeurs.
Vous voulez moins d’intégration ? Antieuropéen. Davantage de souveraineté ? Ultranationaliste. Vous critiquez Bruxelles ? Suspect. Vous insistez ? Attention à la « désinformation ».
À ce stade, la satire finit par évoquer la logique terrifiante des Khmers rouges : non pas, évidemment, leurs massacres ou leurs camps, aucune comparaison sérieuse n’est possible, mais cette obsession totalitaire du citoyen idéologiquement conforme. Sous Pol Pot, l’individu déviant devait être « rééduqué ». Dans notre caricature bruxelloise, inutile de vider les villes ou d'envoyer les récalcitrants dans les rizières : l’Europe moderne possède la rhétorique et la diabolisation par la peur.
Bienvenue au camp de rééducation 2.0.
Pas de miradors : des séminaires. Pas d’uniforme noir : un badge institutionnel recyclable. Pas de séance d’autocritique : un atelier de sensibilisation. Vous expliquerez calmement pourquoi vous doutiez de « nos valeurs », puis un consultant vous aidera à comprendre pourquoi votre souverainisme était probablement une déficience informationnelle.
Après trois modules sur la résilience démocratique et quatre sur la lutte contre la désinformation, vous ressortirez citoyen européen certifié conforme.
Le plus savoureux reste que von der Leyen parle de « nos valeurs » comme si elle avait reçu les Tables de la Loi au sommet du Berlaymont. Mais contester l’intégration européenne, réclamer des compétences nationales ou souhaiter quitter l’Union relève précisément du pluralisme politique.
Seulement voilà : le pluralisme est magnifique tant qu’il produit les bonnes opinions.
Von der Leyen n’est pourtant ni reine d’Europe ni présidente d’un État fédéral. La Commission exerce les compétences prévues par les traités dans un système où interviennent également Parlement, Conseil et États membres. Mais plus Bruxelles prétend protéger la démocratie contre ceux qui contestent son orientation, plus apparaît un délicieux paradoxe : pour sauver le pluralisme, il faudrait commencer par se méfier des opinions dissidentes.
Les Khmers rouges prétendaient fabriquer un homme nouveau. Bruxelles, dans cette caricature, pourrait se contenter du citoyen européen homologué.
C’est infiniment plus propre.
Gardez donc les élections, les bulletins et le mot démocratie. Le camp de rééducation idéal n’a même plus besoin de barbelés : il suffit que le citoyen finisse par comprendre tout seul quelles opinions risquent de lui valoir l’étiquette d’ennemi des « valeurs ».
@BPARTISANS
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