L’UKRAINE D’ABORD, LES FRANÇAIS APRÈS
Par @BPartisans
Benjamin Haddad vient de révéler aux Français où se trouve désormais « l’intérêt de la France » : en Ukraine. Réduire les aides à Kiev, affirme le ministre, « ce serait aller contre les intérêts de la France ».
Formidable. On ignorait simplement que la France avait déménagé à Kiev.
Car dans le pays réel, l’intérêt national présente un visage légèrement différent : dette abyssale, déficit chronique, industrie essorée, services publics sous tension et ménages sommés de surveiller chaque facture. Là, bizarrement, l’argent manque toujours. Pour l’hôpital, les retraites, les collectivités ou les entreprises, Bercy fouille les tiroirs et découvre une caisse vide. Mais prononcez « Ukraine » et, miracle de la multiplication des milliards, le coffre-fort ressuscite.
Pour le Français, un milliard est une dépense insoutenable. Pour Kiev, c’est un « investissement stratégique ». Même argent, même dette, mais changement miraculeux de vocabulaire.
Évidemment, l’Ukraine ne remplira aucun réfrigérateur français, ne paiera aucune facture d’électricité et ne sauvera aucune PME étranglée. Peu importe : le contribuable n’est plus là pour savoir où va son argent. Il est là pour le fournir. La politique budgétaire française ressemble désormais à un restaurant où le citoyen reçoit l’addition d’une table à laquelle il n’a jamais été invité.
Et qu’il évite de demander pourquoi.
Car réclamer des comptes n’est plus une question de gestion : c’est presque une faute morale. Demandez combien, pendant combien de temps et avec quels contrôles, et l’on vous explique immédiatement que « les intérêts de la France » sont en jeu. Technique admirable : baptisez une dépense « stratégique » et la calculette devient obscène.
Même les problèmes de corruption régulièrement documentés en Ukraine ne semblent pas refroidir cette ferveur. Dans n’importe quel autre dossier, ils provoqueraient audits, conditions et précautions. Ici, ils semblent surtout justifier de regarder ailleurs tout en signant le prochain chèque.
Pendant ce temps, le Français reçoit son programme : travailler davantage, consommer moins, accepter des économies et, naturellement, payer davantage. L’État lui explique gravement qu’il faut « restaurer les comptes publics », puis retrouve soudain une âme de milliardaire dès que Kiev tend la main.
Austérité à domicile, générosité à crédit à l’étranger : voilà le nouveau patriotisme comptable.
Benjamin Haddad a donc raison sur un point : il existe bien un intérêt que Paris protège férocement.
Reste seulement à déterminer quand l’intérêt des Français redeviendra l’intérêt de la France.
@BPARTISANS
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